La plupart des « tests de couple » en ligne posent des questions de magazine : « Que ferait votre partenaire s'il gagnait au loto ? », « Quelle est sa couleur préférée ? ». C'est amusant, ça ne dit pas grand-chose de votre relation.
Celui-ci part d'une autre question : qu'est-ce que les chercheurs observent, concrètement, chez les couples qui durent et chez ceux qui se séparent ? Depuis les années 1980, des équipes filment des couples en train de discuter, de se disputer, de dîner, puis les suivent pendant des années. Leurs résultats tiennent en quelques comportements, souvent minuscules, que l'on peut décrire et donc mesurer.
24 affirmations, 6 dimensions. Chaque dimension compte quatre affirmations, mélangées pour que la logique ne se devine pas. Vous répondez de « pas du tout » à « tout à fait ». Chaque dimension donne un score sur 16.
Les questions ont été rédigées pour ce site. Elles s'inspirent des travaux cités plus bas, mais ce n'est pas un questionnaire validé scientifiquement : les seuils (12 et 8 sur 16) sont des repères, pas une norme mesurée sur la population. Si vous cherchez un instrument validé, le Couples Satisfaction Index de Funk et Rogge (2007) en est un, utilisé en recherche.
Deux questions à part. L'une vous demande si vous êtes heureux ou heureuse dans votre couple, pour comparer votre ressenti aux comportements mesurés. L'autre vous demande si vous avez peur de votre partenaire. Si vous répondez oui, le résultat commence par là, avant tout le reste.
À faire à deux. À la fin, le test affiche un code de quelques chiffres. Votre partenaire fait le test de son côté, vous colle son code, et vous voyez vos deux profils côte à côte. Le code ne contient que vos six scores : aucune réponse détaillée, rien n'est envoyé nulle part.
| Dimension | Ce qu'elle mesure | D'où elle vient |
|---|
| Tendresse et admiration | Ce que vous appréciez chez l'autre, et le fait de le dire | Gottman ; Murray et al., 1996 (illusions positives) |
| Se tourner l'un vers l'autre | La réponse aux petites sollicitations du quotidien | Driver et Gottman, 2004 |
| Partager les bonnes nouvelles | La façon dont l'autre accueille vos réussites | Gable et al., 2004 et 2006 |
| Se disputer sans blesser | L'absence des « quatre cavaliers » : critique, mépris, défensive, mur | Gottman et Levenson, 1992 et 2000 |
| Réparer après une dispute | Les gestes qui désamorcent et rapprochent | Gottman et Levenson |
| Nouveauté et projets | Les découvertes et les projets partagés | Aron et al., 2000 |
Le psychologue américain John Gottman et son collègue Robert Levenson ont passé des décennies à observer des couples dans un laboratoire surnommé « le laboratoire de l'amour ». Dans une étude publiée en 1992, ils ont montré que certaines façons de se disputer, observées pendant une simple conversation, permettaient de prédire quels couples se sépareraient dans les années suivantes.
Gottman a donné à ces comportements un nom imagé, les quatre cavaliers :
- La critique : s'en prendre à la personne plutôt qu'à un fait. « Tu es égoïste » au lieu de « tu n'as pas sorti les poubelles ».
- Le mépris : se placer au-dessus de l'autre. Lever les yeux au ciel, ricaner, imiter, se moquer.
- L'attitude défensive : se justifier ou renvoyer la faute au lieu d'entendre le reproche. « Oui mais toi… »
- Le mur (stonewalling) : se fermer, ne plus répondre, quitter la pièce, faire comme si l'autre n'était pas là.
Les quatre se retrouvent dans le test, un par affirmation. Le mépris a droit à une alerte spécifique : Gottman le considère comme le plus destructeur des quatre, parce qu'il ne dit plus « tu as mal agi » mais « je vaux mieux que toi ». Le sarcasme en est une forme fréquente, nous y revenons dans l'article sur le sarcasme.
En 2000, Gottman et Levenson ont publié un suivi de quatorze ans. Ils y distinguent deux trajectoires. Les couples qui se séparaient tôt, dans les sept premières années, se disputaient avec beaucoup d'émotions négatives : critique, mépris, défensive. Les couples qui se séparaient plus tard ne se disputaient pas forcément mal. Ce qui leur manquait, c'était les émotions positives : l'humour, l'intérêt, la tendresse pendant les conversations.
C'est pour cela que le test ne se limite pas aux disputes. Un couple peut ne jamais se crier dessus et s'éteindre doucement, faute d'attention.
En 2004, Janice Driver et John Gottman ont filmé 49 couples de jeunes mariés pendant un dîner, puis pendant une discussion sur un sujet de désaccord. Les couples qui, au dîner, réagissaient avec enjouement et enthousiasme aux petites remarques de l'autre étaient aussi ceux qui gardaient de l'humour et de la tendresse au milieu du conflit.
Gottman appelle ces petites remarques des invitations (bids) : un soupir, « regarde cet oiseau », un lien envoyé. On peut s'y tourner (« ah oui, il est beau »), s'en détourner (ne rien répondre) ou s'y opposer (« tu vois bien que je lis »). C'est la deuxième dimension du test.
On pense souvent qu'un couple se juge dans l'épreuve. La psychologue Shelly Gable a montré l'inverse. En 2006, elle a filmé 79 couples qui se racontaient tour à tour un bon et un mauvais événement récent. Deux mois plus tard, c'est la façon de réagir aux bonnes nouvelles qui prédisait le mieux le bien-être de la relation, et les ruptures.
Gable distingue quatre réactions à « J'ai été prise pour le poste ! » :
- active et constructive : « C'est génial ! Comment ils te l'ont annoncé ? » ;
- passive et constructive : « Ah, super. » ;
- active et destructive : « Tu vas avoir encore moins de temps pour nous. » ;
- passive et destructive : « Tu as vu l'heure ? On mange quoi ? »
Seule la première renforce la relation. Les trois autres, même la deuxième qui paraît gentille, laissent l'autre seul avec sa joie.
En 2000, Arthur Aron et ses collègues ont demandé à des couples mariés de consacrer du temps, chaque semaine, soit à des activités agréables et familières, soit à des activités nouvelles et stimulantes. Les couples du second groupe rapportaient ensuite une meilleure qualité de relation. Aron l'explique par l'expansion de soi : on s'attache à ceux avec qui l'on grandit et découvre.
On entend souvent que la satisfaction conjugale baisse forcément avec le temps. C'est vrai en moyenne. En suivant 464 jeunes mariés pendant quatre ans, Justin Lavner et Thomas Bradbury (2010) ont trouvé cinq trajectoires différentes. Certaines restaient hautes et stables, d'autres déclinaient fortement. Et ces trajectoires se devinaient dès les premiers mois, à travers le stress, l'agressivité et la façon de communiquer. La moyenne cache des couples qui vont très bien, très longtemps.
Claire, 38 ans, obtient 54 sur 100. Ses points faibles : « se tourner l'un vers l'autre » (6 sur 16) et « nouveauté et projets » (7). Elle a l'impression de parler dans le vide depuis la naissance de leur deuxième enfant. Elle envoie son code à Mehdi.
Mehdi, 40 ans, obtient 71. Sur « se tourner l'un vers l'autre », il se donne 13. Le tableau de comparaison affiche « vous ne vivez pas la même chose : à en parler ». Le soir même, ils en parlent. Mehdi pensait être attentif parce qu'il « répond toujours ». Claire explique qu'il répond, oui, mais sans lever les yeux de son téléphone. Ce que Mehdi oubliait : se tourner vers l'autre, ce n'est pas seulement répondre, c'est montrer qu'on a reçu.
Leur score global compte moins que cet écart de 7 points. C'est lui qui a ouvert la conversation.
Julien, 33 ans, fait le test seul et obtient 82. Tous ses scores sont hauts, sauf un : il répond « plutôt oui » à l'affirmation sur les yeux levés au ciel et les moqueries. L'alerte mépris s'affiche. Il en rit d'abord, puis repense à la dernière dispute, où sa compagne a quitté la pièce après une de ses imitations. Ce qu'il oubliait : un seul cavalier, installé, peut user un couple qui va bien par ailleurs.
Une dimension à moins de 8 sur 16. C'est votre priorité. Le résultat du test vous propose un exercice concret pour chacune des deux dimensions les plus basses. Commencez par une seule, pendant deux semaines, plutôt que tout à la fois.
L'alerte mépris s'affiche. Prenez-la au sérieux, même si le reste va bien. Le premier pas est souvent de remplacer la moquerie par une demande directe : « ça me blesse quand… », « j'aurais besoin de… ». L'article disputes de couple : se disputer sainement détaille la méthode.
Vous êtes malheureux ou malheureuse, mais le score est bon. Le test ne mesure pas tout : le désir, un projet de vie divergent, un deuil, l'épuisement parental. Si c'est le désir qui manque, voyez mon couple n'a plus de désir.
Plusieurs dimensions sont basses. Lisez pourquoi mon couple ne fonctionne plus, puis envisagez une thérapie de couple. Contrairement à une idée tenace, elle fonctionne mieux quand on n'attend pas que tout soit cassé.
Vous avez fait le test à deux et vos écarts sont grands. C'est une bonne nouvelle déguisée : vous savez maintenant de quoi parler. Commencez par la dimension où l'écart est le plus grand, et par une question plutôt qu'une affirmation : « qu'est-ce qui te fait répondre ça ? ».
- vous avez peur de votre partenaire, de ses réactions ou de ce qu'il ou elle pourrait faire : appelez le 3919 (gratuit, anonyme, 24 h/24), et le 17 en cas de danger ; le violentomètre et les red flags aident à y voir clair ;
- les disputes tournent en boucle sur les mêmes sujets depuis des mois, sans solution ;
- l'un de vous se ferme complètement à chaque conflit ;
- une trahison (infidélité, mensonge important) n'arrive pas à se digérer ;
- vous envisagez la séparation et voulez la vivre sans détruire ce qui reste, surtout s'il y a des enfants.
Un conseiller conjugal ou un psychologue formé à la thérapie de couple peut vous aider. Il n'est pas là pour désigner un coupable, mais pour changer la façon dont vous vous parlez.
« Un couple heureux ne se dispute pas. » Les couples stables se disputent aussi. Ce qui les distingue, d'après les travaux de Gottman, c'est la manière : moins de mépris, plus de réparation, et davantage de moments positifs pour compenser chaque échange négatif.
« La passion du début doit durer. » L'intensité des premiers mois baisse chez presque tout le monde, et ce n'est pas un échec. Ce qui peut durer, c'est l'intérêt, la tendresse et le plaisir des découvertes à deux. Sur l'emballement des débuts, voyez le coup de foudre.
« Il suffit de tout se dire. » Tout dire, avec mépris, fait plus de mal que se taire. C'est la forme qui compte : parler de soi et d'un fait précis, plutôt que juger l'autre.
« La thérapie de couple, c'est quand c'est fini. » Beaucoup de couples consultent trop tard, quand le mépris ou l'indifférence se sont installés. Consulter tôt est plus simple et plus efficace.
- Ce test mesure six dimensions issues de la recherche : tendresse, attention au quotidien, bonnes nouvelles, disputes, réparation, nouveauté.
- Les questions ont été rédigées pour Cœur & Sens : ce n'est pas un instrument validé, les seuils sont indicatifs.
- Les quatre cavaliers de Gottman (critique, mépris, défensive, mur) prédisent les séparations précoces ; le manque d'émotions positives, les séparations plus tardives (Gottman et Levenson, 2000).
- La façon d'accueillir les bonnes nouvelles prédit le bien-être du couple (Gable, 2006) ; la nouveauté partagée l'entretient (Aron, 2000).
- Le code de comparaison permet de faire le test à deux : les écarts sont souvent plus parlants que les scores.
- Avoir peur de son partenaire n'est jamais normal : 3919, 24 h/24.
- Gottman, J. M., & Levenson, R. W. (1992). Marital processes predictive of later dissolution: behavior, physiology, and health. Journal of Personality and Social Psychology, 63(2), 221-233.
- Gottman, J. M., & Levenson, R. W. (2000). The timing of divorce: predicting when a couple will divorce over a 14-year period. Journal of Marriage and Family, 62(3), 737-745.
- Driver, J. L., & Gottman, J. M. (2004). Daily marital interactions and positive affect during marital conflict among newlywed couples. Family Process, 43(3), 301-314.
- Gable, S. L., Gonzaga, G. C., & Strachman, A. (2006). Will you be there for me when things go right? Supportive responses to positive event disclosures. Journal of Personality and Social Psychology, 91(5), 904-917.
- Aron, A., Norman, C. C., Aron, E. N., McKenna, C., & Heyman, R. E. (2000). Couples' shared participation in novel and arousing activities and experienced relationship quality. Journal of Personality and Social Psychology, 78(2), 273-284.
- Lavner, J. A., & Bradbury, T. N. (2010). Patterns of change in marital satisfaction over the newlywed years. Journal of Marriage and Family, 72(5), 1171-1187.
- Funk, J. L., & Rogge, R. D. (2007). Testing the ruler with item response theory: increasing precision of measurement for relationship satisfaction with the Couples Satisfaction Index. Journal of Family Psychology, 21(4), 572-583.