Le test repose sur le format le plus utilisé pour mesurer le raisonnement : la matrice. Une grille de 3 cases sur 3 contient des figures qui obéissent à des règles. La dernière case est vide, et il faut trouver laquelle des quatre propositions la complète. Ce format a été popularisé par les matrices progressives de John C. Raven, publiées en 1938, et on le retrouve aujourd'hui dans les tests passés chez le psychologue.
Résoudre une matrice demande de repérer les attributs qui changent, de formuler une règle pour chacun, puis de garder toutes ces règles en tête en même temps. Patricia Carpenter, Marcel Just et Peter Shell ont montré en 1990 que la difficulté d'une matrice dépend surtout de ce nombre de règles à tenir simultanément. Les personnes qui réussissent les matrices les plus dures sont celles qui gèrent le mieux cette charge en mémoire de travail.
Dans ce test, quatre attributs peuvent changer : la forme, la couleur, la taille et la position de chaque figure. Chaque attribut suit l'un de ces trois comportements :
- il ne change pas ;
- il change d'une colonne à l'autre, de la même façon sur chaque ligne (règle simple) ;
- il tourne : chaque valeur apparaît une fois par ligne et une fois par colonne (règle double, plus difficile à repérer).
Les matrices les plus faciles contiennent une seule figure et deux règles. Les plus difficiles en contiennent trois, avec cinq ou six règles à combiner.
Un test classique pose les mêmes questions à tout le monde. Or une matrice trop facile ou trop difficile pour vous n'apprend presque rien sur votre niveau : vous la réussirez ou la raterez à coup sûr. Ce test est adaptatif : après chaque réponse, il recalcule votre niveau et choisit la matrice qui apportera le plus d'information, ni trop simple, ni hors de portée.
C'est le principe des tests informatisés modernes, fondé sur la théorie de la réponse à l'item (IRT). Chaque matrice y est décrite par trois nombres : sa difficulté, sa discrimination (sa capacité à séparer les niveaux proches) et la probabilité de la réussir au hasard, fixée à 25 % puisqu'il y a quatre propositions.
| La plupart des tests de QI gratuits | Ce test |
|---|
| Résultat | Un QI précis à l'unité (« 127 »), souvent payant | Une fourchette à 90 %, gratuite et complète |
| Calcul | Points additionnés, barème non publié | Modèle IRT dont les paramètres sont publiés |
| Référence | Rarement décrite, ou ajustée sur les visiteurs du site | 1 501 adultes d'une étude de l'université de Princeton |
| Questions | Les mêmes pour tous | Choisies selon vos réponses |
| Corrigé | Absent, ou réservé au rapport payant | Chaque matrice expliquée, règle par règle |
| Inscription | E-mail souvent demandé | Aucune |
Toutes les matrices de ce test ont été dessinées pour ce site. Leur grammaire (grille 3 × 3, une à quatre figures, attributs qui changent par colonne ou par rotation) est celle de la Matrix Reasoning Item Bank (MaRs-IB), une banque de 80 matrices créée par Gabriele Chierchia et l'équipe de Sarah-Jayne Blakemore à l'University College London en 2019.
En 2023, Samuel Zorowitz, Gabriele Chierchia, Sarah-Jayne Blakemore et Nathaniel Daw ont calibré ces matrices auprès de 1 501 adultes recrutés en ligne aux États-Unis, dans des conditions précises : 30 secondes par matrice, trois essais d'entraînement au préalable. Leur conclusion principale : la difficulté d'une matrice se prédit en bonne partie par sa structure, c'est-à-dire le nombre de figures et le nombre de règles. Les auteurs ont publié tous les paramètres sous licence libre.
Ce test attribue donc à chaque matrice la difficulté moyenne des matrices de la MaRs-IB qui ont exactement la même structure. Seules les 16 structures représentées par au moins six matrices de l'étude sont utilisées. C'est aussi pourquoi le test reprend la limite de 30 secondes par matrice : les difficultés n'ont été mesurées que dans ces conditions.
Deux limites sont assumées, et intégrées au calcul :
- Deux matrices de même structure n'ont pas toujours la même difficulté. Dans l'étude, l'écart-type à structure égale est de 0,74 point sur l'échelle de difficulté. Le test en tient compte en réduisant le poids accordé à chaque réponse, ce qui élargit la fourchette au lieu de vous donner une fausse précision.
- La banque a un plafond et un plancher. Les matrices les plus difficiles ne permettent pas de distinguer un QI de 135 d'un QI de 145. Au-delà de 130, le résultat s'affiche donc « 130 et plus », et en dessous de 70, « 70 ou moins ».
Parce qu'aucun test ne mesure un QI au point près, surtout pas en 24 questions. Chaque réponse contient une part de hasard : une matrice trouvée par chance, une autre ratée par inattention. Le calcul produit donc une estimation centrale et une erreur type. La fourchette affichée correspond à l'estimation plus ou moins 1,645 erreur type. Elle a 90 % de chances de contenir votre véritable niveau.
Avant la mise en ligne, le test a été vérifié sur 3 000 passations simulées, avec des niveaux connus à l'avance. La fourchette contenait le vrai niveau dans 92 % des cas, pour une largeur moyenne de 22 points (environ ± 11). C'est un ordre de grandeur honnête pour 24 matrices de 30 secondes.
Les psychologues procèdent de la même façon : un bilan WAIS rapporte le QI total avec un intervalle de confiance, et non comme un chiffre isolé. Un site qui annonce « QI : 127 » après une trentaine de questions affiche une précision qu'il ne peut pas avoir.
Le QI est construit pour que la moyenne de la population soit 100 et l'écart-type 15. Deux adultes sur trois ont donc un QI compris entre 85 et 115. Voici la part de la population dans chaque tranche, calculée à partir de la courbe de Gauss :
| QI | Description courante | Part de la population |
|---|
| 130 et plus | Très supérieur à la moyenne | 2,3 % |
| 120 à 129 | Supérieur à la moyenne | 6,8 % |
| 110 à 119 | Moyenne haute | 16,1 % |
| 90 à 109 | Moyenne | 49,5 % |
| 80 à 89 | Moyenne basse | 16,1 % |
| 70 à 79 | Zone limite | 6,8 % |
| Moins de 70 | Très inférieur à la moyenne | 2,3 % |
Les intitulés varient selon les éditions des échelles de Wechsler et selon les pays. Les pourcentages, eux, découlent directement de la définition du QI.
Un point important pour lire votre résultat : la référence du test n'est pas la population française, mais les 1 501 participants de l'étude de Princeton. C'est un groupe d'adultes plutôt jeunes (28,7 ans en moyenne) et diplômés (plus de la moitié ont au moins une licence). Un score de 100 ici correspond donc probablement à un niveau un peu supérieur à la moyenne de la population générale. Le test ne corrige pas cet écart, faute de données pour le chiffrer.
Un test de QI complet, comme la WAIS chez l'adulte, combine plusieurs épreuves : compréhension verbale, raisonnement visuel, mémoire de travail et vitesse de traitement. Ces épreuves sont corrélées entre elles. Les psychologues résument ce point commun sous le nom de facteur g, ou intelligence générale.
Les matrices mesurent surtout l'intelligence fluide : la capacité à résoudre un problème nouveau, sans s'appuyer sur ses connaissances. Elles sont souvent présentées comme la meilleure mesure de g, mais il faut nuancer. En 2015, Gilles Gignac a montré sur plusieurs grands échantillons que les matrices de Raven partagent environ 50 % de leur variance avec le facteur g. Le reste relève de l'intelligence fluide propre et de compétences spécifiques à l'épreuve. Ce test vous situe donc sur une composante centrale de l'intelligence, pas sur le QI total.
Et le QI en général ? Dans une méta-analyse de 2007, Tarmo Strenze a montré qu'il prédit le niveau d'études, la profession et le revenu, mais pas nettement mieux que l'origine sociale des parents ou les résultats scolaires. Le QI ne mesure ni la créativité, ni le jugement, ni la persévérance, ni les compétences sociales.
Beaucoup de personnes obtiennent 125 ou 130 en ligne, puis 105 chez le psychologue. Plusieurs mécanismes expliquent cet écart :
- L'absence de référence. Sans échantillon de comparaison, un barème peut placer la moyenne où il veut. Certains sites l'ajustent sur leurs propres visiteurs, qui ne représentent pas la population.
- Le chiffre unique. Un QI précis à l'unité, calculé sur 30 questions, cache une marge d'erreur d'une dizaine de points.
- L'entraînement. Repasser un test améliore le score, sans que l'intelligence change. La méta-analyse de Jana Scharfen, Jan Peters et Heinz Holling (2018), portant sur plus de 150 000 personnes, confirme ces gains à la deuxième et à la troisième passation, puis un plateau.
- Les normes anciennes. Les scores aux tests de QI ont augmenté au fil du XXᵉ siècle, c'est l'effet Flynn. Jakob Pietschnig et Martin Voracek l'estiment à 0,41 point par an pour l'intelligence fluide. Un barème vieux de vingt ans gonfle donc les résultats de plusieurs points.
- L'intérêt commercial. Un résultat flatteur se vend mieux, sous forme de certificat ou de rapport payant.
Pour que votre résultat ait un sens, passez ce test une seule fois, au calme, sur un écran assez grand. Le refaire immédiatement donnera un score plus élevé, parce que vous connaîtrez déjà les règles.
C'est une idée qui circule depuis qu'Edward Dutton et Richard Lynn ont publié en 2015 un article annonçant une baisse du QI en France entre 1999 et 2008-2009. L'étude a été largement reprise dans les médias.
En 2021, Corentin Gonthier, Jacques Grégoire et Maud Besançon ont réanalysé ces données. La baisse ne concernait que les épreuves fondées sur les connaissances culturelles (vocabulaire, culture générale). Les épreuves de raisonnement, comme les matrices, étaient restées stables. Le recul d'une épreuve était corrélé à 0,95 avec sa charge culturelle : certaines questions étaient simplement devenues plus difficiles parce que la culture avait changé. Leur conclusion : il n'existe actuellement aucune preuve d'une baisse de l'intelligence en France.
C'est l'une des raisons pour lesquelles ce test n'utilise que des figures abstraites : il ne dépend ni de la langue, ni de la culture générale, ni du niveau scolaire.
Seul un psychologue peut faire passer un test de QI étalonné sur la population française. Chez l'adulte, il s'agit le plus souvent de la WAIS. Le bilan dure plusieurs heures, entretien compris, et donne un QI total accompagné de quatre indices : compréhension verbale, raisonnement perceptif, mémoire de travail et vitesse de traitement. L'écart entre ces indices est souvent l'information la plus utile, davantage que le chiffre global.
Un bilan se justifie quand il répond à une vraie question : un parcours scolaire ou professionnel incompréhensible, un doute sur un haut potentiel (QI de 130 ou plus), une difficulté d'attention ou d'apprentissage. Pour la simple curiosité, un test en ligne honnête suffit.
Pour aller plus loin :
- Ce test mesure le raisonnement sur matrices (intelligence fluide) avec 24 matrices adaptatives de 30 secondes.
- Le résultat est une fourchette de QI à 90 %. Elle a été vérifiée par simulation : elle contient le vrai niveau dans 92 % des cas.
- Les difficultés viennent d'un modèle publié sur 1 501 adultes (Zorowitz et al., 2023). Les matrices, elles, ont été dessinées pour ce site.
- La référence est un échantillon américain plutôt diplômé : un 100 ici vaut probablement un peu plus que la moyenne générale.
- Ce n'est pas un diagnostic : seul un bilan chez un psychologue peut établir un QI officiel ou un haut potentiel.
- Chierchia, G., Fuhrmann, D., Knoll, L. J., Pi-Sunyer, B. P., Sakhardande, A. L., & Blakemore, S.-J. (2019). The matrix reasoning item bank (MaRs-IB): novel, open-access abstract reasoning items for adolescents and adults. Royal Society Open Science, 6(10), 190232.
- Zorowitz, S., Chierchia, G., Blakemore, S.-J., & Daw, N. D. (2023). An item response theory analysis of the matrix reasoning item bank (MaRs-IB). Behavior Research Methods, 56, 1104-1122. Données et paramètres : github.com/ndawlab/mars-irt (licence MIT).
- Carpenter, P. A., Just, M. A., & Shell, P. (1990). What one intelligence test measures: A theoretical account of the processing in the Raven Progressive Matrices Test. Psychological Review, 97(3), 404-431.
- Gignac, G. E. (2015). Raven's is not a pure measure of general intelligence. Intelligence, 52, 71-79.
- Strenze, T. (2007). Intelligence and socioeconomic success: A meta-analytic review of longitudinal research. Intelligence, 35(5), 401-426.
- Scharfen, J., Peters, J. M., & Holling, H. (2018). Retest effects in cognitive ability tests: A meta-analysis. Intelligence, 67, 44-66.
- Pietschnig, J., & Voracek, M. (2015). One century of global IQ gains: A formal meta-analysis of the Flynn effect (1909-2013). Perspectives on Psychological Science, 10(3), 282-306.
- Gonthier, C., Grégoire, J., & Besançon, M. (2021). No negative Flynn effect in France: Why variations of intelligence should not be assessed using tests based on cultural knowledge. Intelligence, 84, 101512.