Taper « suis-je en dépression » dans un moteur de recherche fait tomber sur des dizaines de quiz rédigés pour l'occasion, avec des questions du genre « avez-vous parfois envie de rester sous la couette ? ». Tout le monde a parfois envie de rester sous la couette. Le test ci-dessus ne fonctionne pas comme ça.
Le PHQ-9, l'outil de référence. Il a été publié en 2001 par les médecins américains Kurt Kroenke, Robert Spitzer et Janet Williams. Ses neuf questions ne sortent pas de nulle part : chacune correspond à l'un des neuf symptômes qui définissent un épisode dépressif dans le manuel diagnostique de référence (le DSM). L'étude d'origine portait sur 6 000 patients de 8 cabinets de médecine générale et 7 services de gynécologie-obstétrique. Les auteurs ont choisi de le laisser libre : sa reproduction, sa traduction et sa diffusion sont autorisées sans demande. Nous reprenons mot pour mot la version française officielle pour la France, publiée par ses auteurs. (Il en existe cinq en français : France, Belgique, Suisse, Tunisie et Canada, qui ne diffèrent que par quelques tournures.)
Une question sur le retentissement. Le questionnaire officiel se termine par une dixième question : à quel point ces difficultés compliquent votre travail, votre vie à la maison et vos relations. Elle ne change pas le score. Mais un médecin la regarde toujours, car une dépression « légère » qui empêche de travailler n'est pas légère du tout.
Six questions d'orientation. Elles ne comptent pas dans le score et ont été rédigées pour ce site. Elles repèrent ce qu'un médecin vérifierait en premier : un événement déclencheur (deuil, rupture), des périodes d'énergie anormalement haute (qui changent tout au traitement), un épuisement centré sur le travail, une anxiété associée, une grossesse ou une naissance récente, et l'alcool ou le cannabis utilisés pour tenir.
Une fiche pour votre médecin. En fin de test, vous pouvez imprimer toutes vos réponses sur une page. Une consultation de médecine générale dure quinze minutes. Arriver avec une feuille où tout est écrit évite de devoir trouver les mots au moment où l'on a le moins d'énergie pour ça.
Ce que le test ne fait pas. Il n'enregistre rien. Le calcul se fait dans votre navigateur, rien n'est envoyé, il n'y a ni e-mail ni compte à créer.
| Score PHQ-9 | Niveau | Ce que recommande le guide d'utilisation |
|---|
| 0 à 4 | Symptômes minimes ou absents | Rien de particulier |
| 5 à 9 | Dépression légère | Surveiller, refaire le questionnaire lors du suivi |
| 10 à 14 | Dépression modérée | Un plan de soins : conseils, suivi, psychothérapie et/ou traitement |
| 15 à 19 | Dépression modérément sévère | Traitement actif : psychothérapie et/ou médicament |
| 20 à 27 | Dépression sévère | Traitement rapide, avis spécialisé si l'amélioration tarde |
Niveaux de l'étude d'origine (Kroenke et al., 2001) et du guide d'utilisation publié par les auteurs, repris par l'INRS en 2022.
Pourquoi le seuil de 10 ? Dans l'étude d'origine, 580 patients ont été réinterrogés par un professionnel de santé mentale. Un score de 10 ou plus repérait 88 % des personnes réellement atteintes de dépression (sensibilité) et écartait correctement 88 % des autres (spécificité). Le résultat a tenu depuis : en 2019, une méta-analyse sur données individuelles publiée dans le BMJ (Levis et al.) a rassemblé 58 études et 17 357 participants. Comparé à un entretien diagnostique mené par un clinicien, le seuil de 10 restait le meilleur compromis, avec 88 % de sensibilité et 85 % de spécificité.
Concrètement, sur dix personnes déprimées qui font ce test, environ neuf obtiennent 10 ou plus. Et sur dix personnes qui ne le sont pas, environ une dépasse quand même le seuil. C'est pour cela qu'un score élevé ouvre une consultation, et ne la remplace pas.
Le score n'est pas tout. Le guide du PHQ-9 propose aussi une lecture symptôme par symptôme : on compte combien des neuf problèmes sont présents « plus de la moitié du temps » (la question 9 compte dès qu'elle est présente). Si au moins cinq le sont, dont la tristesse ou la perte de plaisir, le profil ressemble à un épisode dépressif caractérisé. Si deux à quatre le sont, toujours avec l'un de ces deux-là, on parle d'« autre syndrome dépressif ». Votre résultat affiche cette lecture en plus du score.
Les deux premières questions ne sont pas là par hasard. Pour qu'un médecin parle de dépression, il faut au moins l'un de ces deux symptômes : la tristesse (se sentir déprimé·e, désespéré·e) ou l'anhédonie, ce mot savant pour la perte d'intérêt et de plaisir.
Le second est souvent sous-estimé. Beaucoup de personnes déprimées ne se décrivent pas comme tristes. Elles disent plutôt : « je ne ressens plus rien », « rien ne me fait envie », « je fais les choses en pilote automatique ». Le film qui les faisait rire ne les fait plus rire, les amis les fatiguent, le week-end ressemble à la semaine. Si c'est votre cas, l'article pourquoi je n'ai envie de rien détaille ce que l'on sait de cet état.
Ces deux questions forment à elles seules le PHQ-2, une version express que certains médecins utilisent en première intention. Notre test d'anxiété les intègre d'ailleurs, parce qu'anxiété et dépression avancent souvent ensemble.
La dernière question du PHQ-9 porte sur les pensées de mort ou l'envie de se faire du mal. Elle met mal à l'aise, et c'est voulu : c'est la question la plus importante du questionnaire, et la plus difficile à poser à voix haute.
Dès que vous y répondez autre chose que « jamais », le test affiche le numéro du 3114, sans attendre la fin. Ce n'est pas un réflexe alarmiste. En 2013, une équipe américaine (Simon et al.) a suivi 84 418 patients qui avaient rempli plus de 200 000 questionnaires PHQ-9. Parmi ceux qui répondaient « jamais » à la question 9, 0,4 % faisaient une tentative de suicide dans l'année. Parmi ceux qui répondaient « presque tous les jours », c'était 4 %, dix fois plus. Les chercheurs ont aussi observé que ce risque ne retombait pas en quelques jours : il restait présent pendant des mois.
Deux choses à retenir de cette étude. D'abord, 96 % des personnes qui répondaient « presque tous les jours » ne faisaient pas de tentative : avoir ces pensées ne veut pas dire que l'on va passer à l'acte. Ensuite, ces pensées sont un symptôme, au même titre que la fatigue ou l'insomnie. Elles se soignent. Et le 3114 existe précisément pour en parler, à n'importe quelle heure, sans avoir besoin d'être « en crise ».
Le mot « dépression » s'emploie pour tout et n'importe quoi. « Je suis en dépression depuis que mon équipe a perdu. » Le diagnostic, lui, a des contours précis.
| Déprime passagère | Épisode dépressif | Burn-out | Deuil |
|---|
| Durée | Quelques jours | Au moins 2 semaines, presque tous les jours | Installé sur des mois | Par vagues, qui s'espacent |
| Plaisir | Revient avec un bon moment | Disparu ou très émoussé partout | Souvent intact hors du travail | Possible entre les vagues |
| Image de soi | Préservée | Dévalorisation, culpabilité | Sentiment d'inefficacité au travail | Généralement préservée |
| Vacances | Aident | N'aident pas vraiment | Aident nettement, au début | Ravivent souvent le manque |
| Score PHQ-9 typique | Moins de 10 | 10 ou plus | Variable | Variable |
La déprime est une humeur, pas une maladie. Elle suit souvent un événement, dure quelques jours et se dissipe quand la vie reprend.
Le burn-out est un épuisement lié au travail. Il peut évoluer vers une dépression, et les deux se confondent souvent. Nous avons consacré un article entier à la différence entre surmenage, burn-out et dépression, et le test burn-out repose sur un questionnaire validé.
Le deuil ressemble à une dépression par bien des aspects : tristesse, sommeil perturbé, perte d'appétit. Pendant longtemps, le manuel diagnostique interdisait de parler de dépression dans les deux mois suivant un décès. Il a supprimé cette exclusion en 2013, parce qu'un deuil peut aussi déclencher une vraie dépression. La différence tient souvent à l'image de soi : dans le deuil, le monde paraît vide ; dans la dépression, c'est soi-même qui paraît vide, ou indigne.
En 2021, le Baromètre de Santé publique France a interrogé 24 514 personnes de 18 à 85 ans. Résultat : 12,5 % avaient vécu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois. Une personne sur huit.
Chez les 18-24 ans, la proportion a presque doublé en quatre ans : 11,7 % en 2017, 20,8 % en 2021. C'est la tranche d'âge la plus touchée, loin devant les autres.
Ces chiffres disent deux choses. La dépression est banale au sens statistique du terme, elle n'a rien d'une exception ni d'une faiblesse personnelle. Et une grande partie des personnes concernées ne consultent pas, souvent parce qu'elles pensent que « ça va passer », ou qu'elles ne méritent pas qu'on s'occupe d'elles, ce qui est justement l'un des symptômes.
Léa, 24 ans, obtient 14. Depuis la fin de son master, elle enchaîne les candidatures sans réponse. Elle dort jusqu'à midi, grignote la nuit, n'arrive plus à lire plus de deux pages. Elle répond « plus de la moitié du temps » à six questions, dont la perte de plaisir, et « plusieurs jours » à la question 9. Le test affiche le 3114 dès sa réponse. Elle n'appelle pas, mais elle imprime sa fiche et la tend à son médecin sans un mot. Elle obtient un suivi avec une psychologue conventionnée. Trois mois plus tard, elle refait le test : 6. Ce qu'elle oubliait, au début : elle pensait que sa fatigue venait de ses horaires décalés, alors que c'était l'inverse.
Karim, 47 ans, obtient 8. En dessous du seuil. Mais il répond « très difficile(s) » à la question du retentissement, et « oui » à la question sur l'alcool : deux ou trois verres chaque soir « pour décompresser », depuis l'été. Son score reste dans la zone légère parce qu'il dort, mange et travaille encore. Sa fiche montre autre chose à son médecin : une irritabilité permanente, une dévalorisation, et un verre qui fait office de traitement. Ce que Karim oublie : chez beaucoup d'hommes, la dépression se présente moins comme de la tristesse que comme de la colère, de la fatigue et des conduites qui « anesthésient ».
Ces deux exemples montrent pourquoi nous affichons plus qu'un chiffre : le retentissement, la question 9 et les questions d'orientation comptent autant que le score.
Score de 0 à 4. Rien à faire de particulier. Gardez ce résultat comme point de comparaison si une période difficile arrive.
Score de 5 à 9. Vos symptômes sont réels mais légers. C'est le moment d'agir avant qu'ils ne s'installent :
- refaites le test dans deux à quatre semaines, c'est exactement ce que propose le guide du PHQ-9 ;
- protégez le sommeil, qui est à la fois une victime et un moteur de la dépression (comment bien dormir quand on est anxieux) ;
- bougez, même un peu : l'activité physique fait partie des mesures les mieux documentées sur l'humeur ;
- parlez-en à quelqu'un, un proche ou un professionnel. Le simple fait de nommer ce qui se passe change souvent la suite.
Score de 10 à 14. Parlez-en à votre médecin traitant, fiche imprimée à l'appui. En France, la Haute Autorité de santé (2017) place le soutien psychologique au cœur de la prise en charge, quelle que soit l'intensité : il peut être assuré par le médecin traitant, un psychologue ou un psychiatre. Pour une dépression modérée, un antidépresseur peut être envisagé ; pour une dépression sévère, il est proposé d'emblée, avec une psychothérapie. La thérapie cognitive et comportementale est l'une des mieux étudiées : voyez la TCC, c'est quoi ?.
Score de 15 à 27. Prenez rendez-vous dans les jours qui viennent. À ce niveau, un traitement actif est recommandé, et une dépression se soigne d'autant mieux qu'on n'attend pas qu'elle s'installe.
Comment se faire rembourser un psychologue ? Depuis le 16 mai 2025, le dispositif Mon soutien psy prend en charge 12 séances par an chez un psychologue conventionné, sans passer par un médecin. La séance coûte 50 €, dont 30 € remboursés par l'Assurance maladie, le reste par la complémentaire santé. Il est prévu pour les troubles légers à modérés ; la liste des psychologues partenaires se trouve sur ameli.fr. Si vous hésitez encore, l'article comment savoir si j'ai besoin de voir un psy peut aider à décider.
- vous pensez à la mort ou à vous faire du mal : appelez le 3114, gratuit, 24 h/24 ; en cas de danger immédiat, le 15 ou le 112 ;
- vous n'arrivez plus à vous lever, à manger, à vous laver ou à travailler depuis plusieurs jours ;
- vous avez connu, dans votre vie, des périodes d'énergie anormalement haute (peu de sommeil sans fatigue, projets et dépenses inhabituels) : un trouble bipolaire doit être envisagé, et il se soigne autrement ;
- vous utilisez l'alcool, le cannabis ou des médicaments non prescrits pour tenir ;
- vous venez d'avoir un enfant et vous ne vous reconnaissez plus : la dépression périnatale est fréquente et se soigne bien.
« La dépression, c'est être triste. » Pas forcément. La perte de plaisir suffit, sans tristesse visible. Certaines personnes déprimées décrivent surtout un vide, une fatigue écrasante ou une irritabilité qu'elles ne s'expliquent pas. Si cela vous parle, lisez pourquoi je me sens vide à l'intérieur.
« Il suffit de se secouer. » Si c'était possible, les personnes déprimées le feraient. La dépression touche précisément la motivation, l'énergie et la concentration, c'est-à-dire les outils dont on aurait besoin pour « se secouer ».
« Un test en ligne ne sert à rien. » Un quiz maison, sans doute. Le PHQ-9, lui, est l'outil qu'utilisent les médecins généralistes dans de nombreux pays, et sa précision a été vérifiée sur des dizaines de milliers de personnes. Il ne remplace pas la consultation, mais il donne une mesure fiable et comparable dans le temps.
« Les antidépresseurs changent la personnalité. » Ils ne transforment pas qui vous êtes. Comme tout traitement, ils ont des effets indésirables possibles et ne s'arrêtent pas du jour au lendemain : l'arrêt se fait progressivement, avec le médecin. Ils ne sont pas non plus la seule option, notamment pour les dépressions légères.
« Si ma vie va bien, je n'ai pas le droit d'être déprimé·e. » La dépression ne demande pas de justificatif. Elle touche des gens qui ont un travail, une famille, des amis, et elle ajoute souvent la culpabilité de « ne pas avoir de raison ». C'est l'une des choses que le questionnaire mesure, à la question 6.
- Ce test reprend le PHQ-9 (Kroenke, Spitzer et Williams, 2001) dans sa version française officielle pour la France, librement reproductible.
- Score de 0 à 27 : minime (0-4), léger (5-9), modéré (10-14), modérément sévère (15-19), sévère (20-27).
- À partir de 10, une dépression est probable : le seuil repère environ 88 % des dépressions (méta-analyse du BMJ, 2019, 17 357 participants).
- La question 9 déclenche immédiatement l'affichage du 3114 : les pensées de mort sont un symptôme, et elles se soignent.
- En France, 12,5 % des 18-85 ans ont vécu un épisode dépressif en 2021, et 20,8 % des 18-24 ans.
- Mon soutien psy rembourse 12 séances par an chez un psychologue conventionné, sans ordonnance.
- Kroenke, K., Spitzer, R. L., & Williams, J. B. W. (2001). The PHQ-9: validity of a brief depression severity measure. Journal of General Internal Medicine, 16(9), 606-613.
- Levis, B., Benedetti, A., & Thombs, B. D. (2019). Accuracy of Patient Health Questionnaire-9 (PHQ-9) for screening to detect major depression: individual participant data meta-analysis. BMJ, 365, l1476.
- Simon, G. E., Rutter, C. M., Peterson, D., et al. (2013). Does response on the PHQ-9 depression questionnaire predict subsequent suicide attempt or suicide death? Psychiatric Services, 64(12), 1195-1202.
- Santé publique France (2023). Prévalence des épisodes dépressifs en France chez les 18-85 ans : résultats du Baromètre santé 2021.
- Haute Autorité de santé (2017). Épisode dépressif caractérisé de l'adulte : prise en charge en soins de premier recours.
- INRS (2022). PHQ-9, fiche FRPS 44, Références en santé au travail, n° 169.
- Version française officielle du questionnaire : PHQ-9, French for France (Pfizer, phqscreeners.com).
- Assurance maladie : Mon soutien psy.