En 2021, 12,5 % des personnes âgées de 18 à 85 ans présentaient un état anxieux en France, selon le Baromètre de Santé publique France. Sur une vie entière, l'Inserm estime que 21 % des adultes connaîtront un trouble anxieux. L'anxiété n'est donc pas une fragilité de minorité : c'est l'un des troubles psychiques les plus répandus du pays.
En une phrase : une personne sur huit est anxieuse aujourd'hui en France, une sur cinq le sera un jour — et près d'un tiers de celles qui souffrent d'un trouble anxieux généralisé ne consultent personne.
Cette page rassemble les chiffres officiels disponibles sur l'anxiété en France, chacun avec sa source, son année et son périmètre. Elle est mise à jour quand de nouvelles données paraissent.
Méthodologie : tous les chiffres ci-dessous proviennent de sources publiques identifiées (Santé publique France, Inserm), et sont reproduits avec leur périmètre exact (tranche d'âge, année, définition). Aucun chiffre n'est estimé, arrondi ni extrapolé par nos soins. Quand une donnée n'est lisible que sur un graphique de la source, nous la décrivons sans lui inventer une précision qu'elle n'a pas.
Combien de Français sont concernés par l'anxiété ?
Quelle est la prévalence de l'anxiété en France ?
12,5 % des 18-85 ans présentaient un état anxieux en 2021. C'est le résultat principal du Baromètre de Santé publique France, publié dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire en juillet 2025 (Léon C, Gillaizeau I, du Roscoät E, Pelissolo A, Beck F).
Traduit autrement : environ une personne sur huit était concernée au moment de l'enquête. Attention au périmètre — il s'agit d'un état anxieux mesuré à un instant donné, ce qui n'est pas la même chose qu'un trouble anxieux diagnostiqué.
Combien de personnes développeront un trouble anxieux au cours de leur vie ?
21 % des adultes de 18 à 65 ans présenteront un trouble anxieux à un moment de leur vie, selon l'Inserm. Et 15 % présentent des troubles anxieux sévères sur une année donnée.
L'écart entre les deux chiffres dit quelque chose d'important : l'anxiété n'est pas, pour la majorité des gens, un état permanent. Elle va et vient, souvent au rythme des périodes de la vie.
Combien de personnes souffrent d'un trouble anxieux généralisé ?
6,3 % des adultes de 18 à 79 ans ont été concernés par un trouble anxieux généralisé (TAG) au cours des douze derniers mois, selon l'édition 2024 du Baromètre de Santé publique France.
Le TAG est le diagnostic le plus « lourd » de la famille : une inquiétude excessive, difficile à contrôler, présente la plupart du temps pendant au moins six mois. À ne pas confondre avec l'anxiété passagère — la distinction est détaillée dans crise d'angoisse : symptômes et que faire.
Qui est le plus touché ?
Les femmes sont-elles plus anxieuses que les hommes ?
Oui, et l'écart est considérable. En 2021 :
- Femmes : 18,2 %
- Hommes : 6,4 %
Soit une prévalence près de trois fois supérieure chez les femmes. L'Inserm, sur les troubles anxieux diagnostiqués, retrouve un rapport plus modéré mais de même sens : « la fréquence est deux fois plus élevée chez la femme que chez l'homme ».
Une précaution s'impose sur ce chiffre. Un écart mesuré n'est pas une explication : il mélange probablement des différences réelles d'exposition (violences, charge mentale, précarité) et des différences de déclaration — les hommes rapportent moins volontiers une souffrance psychique, ce que confirme leur taux de non-recours aux soins, plus élevé.
L'anxiété touche-t-elle plus les jeunes ?
11,3 % des 18-24 ans présentaient un état anxieux en 2021. Contrairement à une intuition répandue, ce n'est pas la tranche la plus touchée : selon les données du Baromètre, la prévalence est plus élevée chez les 25-64 ans, et nettement plus basse après 65 ans.
L'Inserm apporte une nuance qui change la lecture : « les troubles anxieux débutent majoritairement pendant l'enfance ou à l'adolescence ». Autrement dit, ils commencent tôt — mais c'est plus tard qu'ils pèsent le plus.
Existe-t-il des inégalités sociales face à l'anxiété ?
C'est probablement le résultat le plus net de l'étude, et le moins connu. En 2021, la prévalence des états anxieux grimpe à mesure que la situation sociale se dégrade :
| Situation | Prévalence d'un état anxieux (2021) |
|---|---|
| Difficultés financières déclarées | 24,5 % |
| Autres « inactifs » | 21,3 % |
| Chômeurs | 19,8 % |
| Niveau d'études inférieur au bac | 14,8 % |
| Situation financière « à l'aise » | 9,7 % |
L'écart entre « difficultés financières » et « à l'aise » est de près de 15 points : deux Français et demi de plus sur dix. L'anxiété n'est pas distribuée au hasard dans la population — elle suit la ligne des ressources.
Les troubles anxieux en détail
L'Inserm distingue plusieurs troubles, dont les fréquences diffèrent nettement (prévalence sur 12 mois / sur la vie entière) :
| Trouble | Sur 12 mois | Sur la vie |
|---|---|---|
| Phobie spécifique | 4,7 % | 11,6 % |
| Trouble anxieux généralisé | 2,1 % | 6 % |
| Anxiété sociale | 1,7 % | 4,7 % |
| Trouble panique | 1,2 % | 3 % |
| Agoraphobie | 0,6 % | 1,8 % |
L'anxiété sociale, souvent prise pour de la simple timidité, concerne donc près d'une personne sur vingt au cours de sa vie — le sujet est développé dans anxiété sociale : surmonter la peur du regard des autres.
Le chiffre le plus préoccupant : le non-recours aux soins
Près de 30 % des personnes concernées par un trouble anxieux généralisé en 2024 n'ont eu aucun recours aux soins en lien avec leur santé mentale (Baromètre de Santé publique France 2024).
Presque une personne sur trois, avec un trouble caractérisé, qui ne parle à personne. Ce n'est pas un problème d'offre de soins uniquement : c'est aussi une affaire de reconnaissance. Beaucoup de gens ne savent pas que ce qu'ils vivent porte un nom — et encore moins que ça se soigne plutôt bien.
Ce que ces chiffres démontent
Non, l'anxiété n'a pas explosé durablement après le Covid
C'est le résultat le plus contre-intuitif du Baromètre, et il mérite d'être répété : entre 2017 et 2021, chez les 18-75 ans, la prévalence des états anxieux est passée de 13,5 % à 13,0 %. Autrement dit, elle est restée stable.
L'attente générale — une vague durable d'anxiété post-pandémie dans la population générale — n'est pas confirmée par ces données. Ce qui ne veut pas dire que rien ne s'est passé : cela veut dire que les pics observés pendant les confinements ne se sont pas installés durablement à l'échelle de la population entière.
Non, l'anxiété ne frappe pas « au hasard »
Le gradient social est trop marqué pour être ignoré : 24,5 % chez les personnes en difficulté financière contre 9,7 % chez celles qui se déclarent à l'aise. Présenter l'anxiété comme un pur problème de tempérament individuel revient à ignorer la moitié du tableau.
Non, « anxiété » et « stress » ne sont pas synonymes
Le stress est une réaction à une pression identifiable, qui retombe quand la pression retombe. L'anxiété, elle, persiste — et fonctionne souvent sans objet précis. C'est cette différence qui sépare une mauvaise semaine d'un trouble caractérisé. Sur les mécanismes du ressassement anxieux, voir pourquoi je rumine la nuit et le test de rumination mentale.
Comment lire ces chiffres (et leurs limites)
Trois précautions, qui valent pour toutes les statistiques de santé mentale :
- « État anxieux » ≠ « trouble anxieux ». Le premier est un score à un instant T sur un questionnaire ; le second est un diagnostic clinique. C'est pour cette raison que 12,5 % et 6,3 % coexistent sans se contredire : ils ne mesurent pas la même chose.
- Les périmètres d'âge changent d'une enquête à l'autre (18-85, 18-79, 18-75, 18-65). Comparer deux chiffres de tranches différentes n'a pas de sens.
- Ce sont des déclarations. Les enquêtes en population reposent sur ce que les gens disent d'eux-mêmes. Cela sous-estime probablement les groupes qui parlent le moins de leur santé mentale — les hommes, notamment.
En résumé
- 12,5 % des 18-85 ans présentaient un état anxieux en 2021 (SPF).
- 21 % des adultes connaîtront un trouble anxieux au cours de leur vie (Inserm).
- 18,2 % des femmes contre 6,4 % des hommes : un rapport de près de 3 pour 1 (SPF, 2021).
- 24,5 % chez les personnes en difficulté financière contre 9,7 % chez celles à l'aise (SPF, 2021).
- 6,3 % des 18-79 ans concernés par un trouble anxieux généralisé en 2024 (SPF).
- Près de 30 % d'entre eux n'ont eu aucun recours aux soins (SPF, 2024).
- La prévalence est restée stable entre 2017 et 2021, contrairement à l'idée d'une explosion post-Covid.
Vous pouvez citer les chiffres de cette page en mentionnant la source d'origine (indiquée à chaque donnée) ; un lien vers coeuretsens.com est apprécié si vous reprenez cette compilation. Les données appartiennent à leurs producteurs respectifs — Santé publique France et Inserm — dont les publications sont liées ci-dessous.
Sources et références
- Léon C, Gillaizeau I, du Roscoät E, Pelissolo A, Beck F. Prévalence des états anxieux chez les 18-85 ans : résultats du Baromètre Santé publique France (2017-2021). Bulletin épidémiologique hebdomadaire. 2025;(14):246-55 — lire le BEH
- Inserm, dossier Troubles anxieux — consulter le dossier
- Santé publique France, Trouble anxieux généralisé : indicateurs du Baromètre 2024 — jeu de données Odissé
- L'Encéphale, Près de 30 % des personnes souffrant d'un trouble anxieux généralisé en 2024 n'ont eu aucun recours aux soins — lire l'article