L'échelle a été créée par le sociologue Morris Rosenberg en 1965, pour mesurer l'estime de soi globale : le jugement d'ensemble qu'une personne porte sur sa propre valeur. Elle compte 10 affirmations, notées de 1 (tout à fait en désaccord) à 4 (tout à fait en accord).
La version proposée ici est la traduction canadienne-française validée par Évelyne Vallières et Robert Vallerand en 1990, reprise mot pour mot dans la forme diffusée par le laboratoire de Robert Vallerand à l'Université du Québec à Montréal. Nous n'avons ni reformulé, ni ajouté, ni retiré de question.
Les 10 phrases se répartissent en deux moitiés égales :
| Phrases positives (accord = estime élevée) | Phrases négatives (accord = estime basse) |
|---|
| 1. Je suis une personne de valeur | 3. Je suis porté·e à me considérer comme un·e raté·e |
| 2. Je possède de belles qualités | 5. Je sens peu de raisons d'être fier·e de moi |
| 4. Je fais les choses aussi bien que la majorité | 8. J'aimerais avoir plus de respect pour moi-même |
| 6. J'ai une attitude positive envers moi-même | 9. Parfois je me sens vraiment inutile |
| 7. Dans l'ensemble, je suis satisfait·e de moi | 10. Il m'arrive de penser que je suis bon·ne à rien |
Pour les cinq phrases négatives, la note est inversée avant d'être additionnée : « tout à fait en accord » avec « je me sens inutile » rapporte 1 point, pas 4. Cette alternance a une fonction : une personne qui coche toujours la même case sans lire obtiendrait un score moyen, pas un score extrême. Le bouton « Voir comment ce score est calculé », sous votre résultat, détaille les points de chaque phrase.
Les deux dernières questions (depuis quand, et dans quel domaine) ne comptent pas dans le score. Elles ont été ajoutées par ce site pour orienter les pistes proposées.
Le score va de 10 à 40. Les repères de lecture les plus utilisés, attribués à Rosenberg et rappelés dans une étude publiée en 2019 dans la revue Heliyon, sont les suivants :
| Score | Lecture | Ce que cela veut dire |
|---|
| 30 à 40 | Estime de soi élevée | Vous vous accordez de la valeur de façon assez stable |
| 26 à 29 | Estime de soi moyenne | Un équilibre réel mais fragile, sensible aux événements |
| 10 à 25 | Estime de soi basse | Un regard sévère sur vous-même, qui pèse au quotidien |
Ces repères ne sont pas des seuils médicaux. L'estime de soi n'est pas une maladie et aucun score ne pose de diagnostic. Ils servent à situer un résultat, pas à le juger.
Le chiffre 25 a un statut particulier : c'est le point médian de l'échelle, la frontière entre « plutôt d'accord » et « plutôt pas d'accord » avec une image positive de soi. Dans la plus grande étude jamais menée avec ce test, qui a interrogé 16 998 personnes dans 53 pays (Schmitt et Allik, 2005), la moyenne de chaque pays dépassait ce point médian. Autrement dit, se juger plutôt positivement est la norme partout dans le monde, et un score de 25 ou moins se situe en dessous de ce que vivent la plupart des gens.
Les mêmes auteurs mettent en garde contre les classements entre pays : les phrases négatives ne sont pas comprises de la même façon d'une culture à l'autre. C'est pourquoi ce test ne vous compare pas à une « moyenne française » précise. Il situe votre score par rapport à l'échelle elle-même.
Sous votre score, le test sépare vos réponses en deux moitiés : votre accord avec les 5 phrases positives (le regard positif, de 5 à 20) et votre accord avec les 5 phrases négatives (la voix critique, de 5 à 20).
Les deux ne vont pas toujours ensemble. On peut reconnaître ses qualités et, malgré tout, se traiter régulièrement de « bon·ne à rien ». On peut aussi ne jamais se dénigrer sans pour autant s'accorder grand-chose. L'étude dans 53 pays a d'ailleurs observé que les deux moitiés de l'échelle, bien que liées, ne se confondent pas.
Cette lecture en deux moitiés est un outil de compréhension proposé par ce site. Seul le score sur 40 est validé scientifiquement.
L'estime de soi est la valeur que l'on s'accorde en tant que personne, indépendamment de ce que l'on réussit. Rosenberg la décrivait comme une attitude, positive ou négative, envers soi-même considéré comme un tout.
Elle se confond souvent avec des notions voisines. La différence compte, parce qu'on ne les travaille pas de la même façon.
| Notion | Sur quoi elle porte | Exemple |
|---|
| Estime de soi | Ce que je vaux, en tant que personne | « Je mérite le respect, même quand j'échoue » |
| Confiance en soi | Ce que je suis capable de faire, dans une situation | « Je sais animer cette réunion » |
| Image de soi | La façon dont je me décris | « Je suis timide, sportif·ve, organisé·e » |
| Narcissisme | Un sentiment de supériorité qui a besoin d'être confirmé | « Je vaux mieux que les autres » |
On peut avoir une grande confiance en soi au travail et une estime de soi fragile : être compétent·e ne suffit pas à se sentir digne. À l'inverse, une bonne estime de soi n'empêche pas d'avoir le trac.
Les chercheurs distinguent parfois deux faces de l'estime de soi dans l'échelle de Rosenberg : le sentiment de compétence (« je suis capable ») et l'affection pour soi (« je m'apprécie »). Pour aller plus loin sur ses signes au quotidien, voir notre guide complet sur l'estime de soi.
L'estime de soi n'est pas figée. Une méta-analyse de 331 échantillons et 164 868 personnes, suivies dans le temps de 4 à 94 ans (Orth, Erol et Luciano, 2018), décrit une trajectoire moyenne très régulière :
- De 4 à 11 ans, elle augmente.
- De 11 à 15 ans, elle stagne : l'adolescence est une période de doute.
- De 15 à 30 ans, elle augmente fortement.
- De 30 à 60 ans, elle continue de monter, plus lentement.
- Entre 60 et 70 ans, elle atteint son maximum.
- Après 70 ans, elle baisse légèrement, puis plus nettement après 90 ans.
Cette courbe se retrouve chez les hommes comme chez les femmes, dans tous les pays et toutes les générations étudiés. Concrètement, si vous avez 20 ans et un score moyen, la tendance naturelle joue en votre faveur.
En moyenne, oui, mais l'écart est faible. Une méta-analyse de 216 études (Kling et al., 1999) trouve une différence de 0,21 écart-type en faveur des hommes, la plus marquée en fin d'adolescence. Une étude menée en ligne auprès de 985 937 personnes dans 48 pays (Bleidorn et al., 2016) confirme cet écart partout, avec une ampleur qui varie selon les cultures. Un écart moyen ne dit rien d'une personne : beaucoup de femmes ont une estime d'elles-mêmes plus haute que beaucoup d'hommes.
Une estime de soi basse n'est pas un trouble, mais c'est un terrain de vulnérabilité, surtout pour la dépression.
Une méta-analyse de 77 études longitudinales (Sowislo et Orth, 2013) a cherché à savoir lequel venait en premier. Résultat : une estime de soi basse prédit une dépression future plus fortement que la dépression ne fait baisser l'estime de soi. Pour l'anxiété, les deux effets sont à peu près équilibrés : chacune nourrit l'autre.
Au quotidien, une estime de soi basse se traduit souvent par :
- des échecs qui coûtent plus cher : chaque revers semble confirmer qu'on ne vaut rien ;
- des compliments qui glissent, perçus comme de la politesse ;
- des limites difficiles à poser, par peur de déplaire ou de ne pas mériter mieux ;
- une voix intérieure dure, qui commente chaque erreur ;
- l'évitement : ne pas postuler, ne pas prendre la parole, pour ne pas risquer l'échec.
Si votre score est bas et que vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces points, cette voix intérieure qui nous critique sans cesse et pourquoi je me sens nul·le tout le temps décrivent ces mécanismes en détail.
Pas forcément. C'est l'une des conclusions les plus surprenantes de la recherche.
Une revue de référence (Baumeister et al., 2003) a passé en revue des centaines d'études. Elle conclut qu'une estime de soi élevée ne rend pas plus performant à l'école ou au travail : c'est plutôt la réussite qui fait monter l'estime de soi. Ses bénéfices réels sont plus modestes et tiennent en deux points : plus d'initiative (oser prendre la parole, persévérer après un échec) et des émotions plus agréables. Les mêmes auteurs rappellent qu'une estime de soi « haute » regroupe des profils très différents, de la personne sereine à la personne narcissique.
La psychologue Jennifer Crocker (Crocker et Park, 2004) va plus loin : ce qui compte n'est pas seulement le niveau d'estime de soi, mais la façon de la poursuivre. Quand notre valeur dépend d'un domaine (réussir, plaire, être mince), chaque menace dans ce domaine devient une alerte. Ce besoin constant de se prouver sa valeur coûte cher à long terme, en stress, en relations et en santé.
C'est pourquoi le test vous demande si votre estime de soi varie beaucoup selon les jours. Une estime de soi haute mais très dépendante des compliments et des réussites est plus fragile qu'un score moyen et stable.
Léa, 27 ans, obtient 24 sur 40. Son regard positif est à 12 sur 20, sa voix critique à 16 sur 20. Elle a répondu « aussi loin que je me souvienne » et « au travail ». Comptable dans un cabinet, elle est bien notée par sa responsable, mais chaque compliment la met mal à l'aise : elle est persuadée qu'on finira par découvrir qu'elle n'est pas à la hauteur. Son résultat la renvoie vers le syndrome de l'imposteur et vers la voix critique. Pour elle, le travail ne consiste pas à « croire en elle », mais à repérer les phrases automatiques (« je suis nulle ») et à les traiter comme des pensées, pas comme des faits.
Karim, 41 ans, obtient 28 sur 40. Son regard positif est à 15 sur 20, sa voix critique à 12 sur 20. Il a répondu « depuis un événement précis » : un licenciement il y a quatre mois. Avant, il se serait sans doute situé au-dessus de 30. Son score dit une chute réelle, mais récente et liée à une cause identifiable. Pour lui, l'enjeu est de ne pas laisser ce coup dur se transformer en verdict sur toute sa personne, et de refaire le test dans quelques semaines pour voir la tendance.
Léa et Karim sont des exemples illustratifs, construits pour montrer comment lire un résultat.
Bonne nouvelle : l'estime de soi se travaille, et cela se mesure. Une méta-analyse de 119 études (Niveau, New et Beaudoin, 2021) montre que les interventions destinées aux adultes ont un effet réel sur l'estime de soi globale, d'ampleur modérée (d = 0,38). Toutes les méthodes ne se valent pas.
Se répéter « je suis une personne aimable » devant le miroir semble logique. Une expérience menée par Joanne Wood et ses collègues (2009) montre pourtant que chez les personnes à faible estime de soi, répéter ce type de phrase les fait se sentir plus mal, et non mieux. L'écart entre la phrase et ce qu'elles ressentent devient une preuve de plus que « ça ne marche pas pour elles ». Chez les personnes qui ont déjà une bonne estime d'elles-mêmes, l'effet est positif, mais limité.
- Agir avant de se sentir prêt·e. L'estime de soi suit les actes plus qu'elle ne les précède. Attendre de se sentir légitime pour postuler ou prendre la parole, c'est attendre longtemps.
- Noter les preuves, pas les impressions. Une estime de soi basse retient les échecs et oublie les réussites. Écrire chaque soir trois choses faites, même petites, rééquilibre cette mémoire.
- Répondre à la voix critique au lieu de la croire. Remplacer « je suis nul·le » par « je pense que je suis nul·le » paraît anodin. Ce petit recul est pourtant au cœur des thérapies cognitives.
- Se parler comme à un·e ami·e. La psychologue Kristin Neff (2003) propose l'autocompassion comme alternative à la course à l'estime de soi : se traiter avec la même gentillesse qu'un proche en difficulté, sans avoir besoin de se sentir supérieur·e.
- Réduire les comparaisons. Les réseaux sociaux fournissent un flux continu de vies choisies pour être flatteuses. Voir comment arrêter de se comparer aux autres sur les réseaux sociaux.
- Poser des limites. Chaque « non » assumé dit « mes besoins comptent aussi ». Voir poser ses limites sans culpabiliser.
Pour une estime de soi basse et ancienne, la thérapie cognitive et comportementale a fait ses preuves. Une méta-analyse des programmes fondés sur le modèle de la psychologue Melanie Fennell (Kolubinski et al., 2018) trouve un effet important pour les séances hebdomadaires, et plus modeste pour les ateliers d'une journée, avec une baisse comparable des symptômes dépressifs.
Parlez-en à votre médecin ou à un psychologue si :
- votre score est bas et ce regard sur vous-même dure depuis des mois ;
- il pèse sur votre sommeil, votre travail ou vos relations ;
- vous évitez de plus en plus de situations par peur d'échouer ou d'être jugé·e ;
- vous vous sentez triste, vide ou sans espoir la plupart du temps : une dépression peut se cacher derrière une estime de soi effondrée.
Si vous avez des idées noires, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert 24 h/24. Pour savoir à qui vous adresser, voir comment savoir si j'ai besoin de voir un psy.
- « Une bonne estime de soi, c'est se trouver formidable. » Non. C'est se sentir digne de respect, défauts compris. Se croire supérieur·e relève plutôt du narcissisme.
- « Elle se fixe dans l'enfance et ne bouge plus. » Non. Elle évolue toute la vie, avec une hausse marquée entre 15 et 30 ans, et elle répond aux interventions.
- « Plus d'estime de soi, plus de réussite. » Pas vraiment. La réussite fait monter l'estime de soi plus que l'inverse. Son vrai bénéfice est d'oser et de persévérer.
- « Il suffit de se répéter qu'on est génial·e. » C'est même contre-productif quand l'estime de soi est basse. Les actes et les preuves fonctionnent mieux que les slogans.
- L'échelle de Rosenberg est le test d'estime de soi le plus utilisé en recherche. Ce site en reprend la version française validée.
- Le score va de 10 à 40 : basse jusqu'à 25, moyenne de 26 à 29, élevée à partir de 30.
- 25 est le point médian : dans 53 pays, la moyenne nationale le dépasse.
- Une estime de soi basse augmente surtout le risque de dépression.
- Elle se travaille : agir, noter ses réussites, répondre à sa voix critique, et pour les cas installés, la thérapie cognitive et comportementale.
- Refaites le test dans 4 à 6 semaines : c'est la tendance qui compte, plus qu'un score isolé.
D'autres tests pour compléter : test de personnalité (Big Five), test d'anxiété (GAD-7) et test du style d'attachement.
- Rosenberg, M. (1965). Society and the Adolescent Self-Image. Princeton University Press.
- Vallières, E. F., & Vallerand, R. J. (1990). Traduction et validation canadienne-française de l'échelle de l'estime de soi de Rosenberg. International Journal of Psychology, 25(2), 305-316. Questionnaire diffusé par le Laboratoire de recherche sur le comportement social (UQAM).
- Schmitt, D. P., & Allik, J. (2005). Simultaneous administration of the Rosenberg Self-Esteem Scale in 53 nations. Journal of Personality and Social Psychology, 89(4), 623-642.
- Acosta García, J., Checa y Olmos, F., Lucas Matheu, M., & Parrón Carreño, T. (2019). Self esteem levels vs global scores on the Rosenberg self-esteem scale. Heliyon, 5(3), e01378.
- Orth, U., Erol, R. Y., & Luciano, E. C. (2018). Development of self-esteem from age 4 to 94 years: a meta-analysis of longitudinal studies. Psychological Bulletin, 144(10), 1045-1080.
- Kling, K. C., Hyde, J. S., Showers, C. J., & Buswell, B. N. (1999). Gender differences in self-esteem: a meta-analysis. Psychological Bulletin, 125(4), 470-500.
- Bleidorn, W., Arslan, R. C., Denissen, J. J. A., et al. (2016). Age and gender differences in self-esteem: a cross-cultural window. Journal of Personality and Social Psychology, 111(3), 396-410.
- Sowislo, J. F., & Orth, U. (2013). Does low self-esteem predict depression and anxiety? A meta-analysis of longitudinal studies. Psychological Bulletin, 139(1), 213-240.
- Baumeister, R. F., Campbell, J. D., Krueger, J. I., & Vohs, K. D. (2003). Does high self-esteem cause better performance, interpersonal success, happiness, or healthier lifestyles? Psychological Science in the Public Interest, 4(1), 1-44.
- Crocker, J., & Park, L. E. (2004). The costly pursuit of self-esteem. Psychological Bulletin, 130(3), 392-414.
- Wood, J. V., Perunovic, W. Q. E., & Lee, J. W. (2009). Positive self-statements: power for some, peril for others. Psychological Science, 20(7), 860-866.
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- Niveau, N., New, B., & Beaudoin, M. (2021). Self-esteem interventions in adults: a systematic review and meta-analysis. Journal of Research in Personality, 94, 104131.
- Kolubinski, D. C., Frings, D., Nikčević, A. V., Lawrence, J. A., & Spada, M. M. (2018). A systematic review and meta-analysis of CBT interventions based on the Fennell model of low self-esteem. Psychiatry Research, 267, 296-305.